Ma candidature à la présidence de la FMH

07.06.2004
Au cours de ces dernières années, la FMH s’est trouvée menacée dans son intégrité et sa représentativité par les mesures de libéralisation et de décartellisation mises en œuvre, la qualité de membre n’étant plus indispensable pour obtenir un titre de spécialiste. Dans ce contexte fortement évolutif, elle s’est restructurée pour mieux tenir compte selon le principe « one man, one vote » de la diversité des intérêts dans une Chambre médicale dominée jusqu’alors par les sociétés cantonales. Elle a tenté également d’accroître son attractivité auprès de ses membres en développant ses engagements commerciaux et l’offre de services les plus divers. Ces efforts n’ont été couronnés que d’un succès en demi-teinte. Ils ont été relégués largement au second plan par les négociations GRAT puis Tarmed. Si une majorité a pu se dégager quant aux principes de base du nouveau modèle tarifaire, sa mise en œuvre a déclenché de profondes frustrations, qui ont considérablement ébranlé l’unité du corps médical. La clause du besoin, la perspective de la suppression de l’obligation de contracter, et de façon générale un projet de révision de la loi sur l’assurance-maladie fondamentalement anti-médical ont achevé de saper la confiance en l’avenir.

Au Conseil national, ce projet pervers a pu être repoussé le 16 décembre dernier sur ma proposition. Il ne faut cependant pas se faire d’illusions. Cette victoire à la Pyrrhus a été obtenue par un cumul d’oppositions les plus diverses dans lesquelles les questions qui nous tiennent à cœur n’ont joué qu’un rôle minime. Même si six des sept médecins du Conseil national, tous praticiens ou anciens praticiens, tous partis confondus, ont été unanimes, les motifs des autres parlementaires étaient bien différents : économies potentielles insuffisantes pour les uns, mesures sociales et familiales insuffisantes pour les autres. La trêve ne sera que de courte durée. Plutôt que d’amorcer une nouvelle réflexion en profondeur, la nouvelle mouture qui nous est proposée est manifestement pire que la précédente. Elle fait fi des aspects humains de la médecine et d’une gestion équilibrée de l’assurance sociale au profit d’une vision purement économique et industrielle qui élimine même le dialogue partenarial. Cette remise en question des principes essentiels de notre profession n’est pas la seule. D’autres vont suivre portant sur la formation de nos futurs consoeurs et confrères, qu’il s’agisse de la loi sur les professions médicales, ou des relations entre la FMH, dépositaire jusqu’à nouvel ordre de la formation post-graduée, et l’Office fédéral de la santé publique dont les appétits phagocytaires sont à peine dissimulés. A ce titre le projet « Postgraduate Swiss Medical School » nécessite toute notre attention.

Le corps médical est conscient de ses responsabilités de santé publique et sociales. Un changement de paradigme est sans doute nécessaire pour optimiser les prestations sur le plan économique et celui de la qualité. Mais cela ne peut pas se faire à n’importe quel prix. Un certain nombre de valeurs fondamentales doivent absolument être respectées, en particulier la relation privilégiée médecin-malade et l’égalité dans l’accès aux soins. Des relations équitables entre partenaires sociaux ne sauraient être négligées pour autant. Même si la profession médicale est fondamentalement orientée vers le service, la curiosité et la connaissance, elle doit bénéficier de conditions de travail suffisamment attractives sous peine d’une crise profonde du système de santé. L’engagement personnel au niveau de la formation, des soins, de l’enseignement, et de la recherche scientifique a ses limites.

La nomination de notre ancien président au poste de vice-directeur de l’Office fédéral de la santé publique crée une situation profondément embarrassante. Cette opération vise de toute évidence à prendre en otage le corps médical dans une démarche politique qu’il réprouve. La FMH ne saurait céder à la manipulation. Elle doit donc absolument sortir de sa pudeur et de sa réserve traditionnelle pour s’engager avec conviction sur le terrain politique et à la limite même syndical. Pour cela elle doit retrouver son unité sans pour autant exclure les intérêts et les sensibilités diverses. Cela suppose de retrouver le chemin du dialogue et la communication entre nous et vis-à-vis de l’extérieur, manifestement déficients actuellement. Il appartient à la réforme de structures initiées il y a peu de trouver les équilibres nécessaires entre les intérêts en présence pour dégager un dynamisme décidé. La FMH pourrait alors concrétiser sa détermination à défendre les valeurs fondamentales de la médecine et les intérêts de ses membres en désignant un président présent au Parlement, là où les décisions se prennent. Face à la redoutable paire Pascal Couchepin/Hans Heinrich Brunner, celui-ci pourrait alors opposer avec efficience un point de vue structuré et représentatif, et non seulement celui d’un simple député de milice dont les liens sont certes connus, mais sans pour autant bénéficier du poids de la présidence de la FMH. Permettez-moi d’attirer votre attention sur une autre puissante association professionnelle, à savoir l’Union suisse des arts et métiers (USAM) : elle vient d’élire à la présidence mon collègue au Conseil national Edi Engelberger et la direction est assumée par Pierre Triponez qui siège également à côté de moi à la Chambre du peuple. Compte tenu du fait que les quatre années à venir seront absolument décisives quant à l’avenir de notre profession, la FMH a également tout intérêt à mettre le plus possible d’atouts de son côté.