H+ : Association d’hôpitaux ou d’administrateurs ?

du 3 mars 2005


01.03.2005
L’hôpital n’est pas une entreprise comme toutes les autres !

L’hôpital a une mission particulière au sein de la société, et à plus d’un titre il fait partie du domaine institutionnel. Il illustre aussi particulièrement bien la nécessité de réunir une équipe pour parvenir à soigner lorsqu’une prise en charge n’est plus possible à domicile – équipe où les fournisseurs de soins, médecins et infirmières/infirmiers, jouent bien sûr un rôle capital. La complexité de la tâche nécessite aussi un appui performant sur le plan organisationnel et financier. La VESKA, qui est maintenant devenue « H+ Les Hôpitaux de Suisse », accordait par conséquent, logiquement, une large place aux représentant-es du corps médical et des soins infirmiers, en leur étaient attribuant statutairement un certain nombre de sièges au Conseil.

L’emprise de l’économie sur la santé n’a pas épargné l’hôpital. Une révision des statuts de H+, en 1996, a modifié profondément les règles du jeu. Il s’est agi essentiellement pour les hôpitaux d’abandonner leurs anciens habits institutionnels un peu flétris pour faire une part prépondérante à leurs caractéristiques d’entreprise et d’employeurs. Seuls des statuts renouvelés dans ce sens pouvaient permettre, aux yeux de leurs promoteurs, de faire valoir les prérogatives économiques et politiques d’un secteur clé de la santé. Concrètement, même si l’intention première était d’éliminer purement et simplement des organes dirigeants l’ensemble des professions de soins, il a néanmoins été tacitement admis qu’une représentante des soins et un médecin pourraient siéger au comité – sans que cela soit une exigence statutaire, et pour autant qu’ils soient présentés par un établissement et non par leur association professionnelle. C’est ainsi que le Docteur Yves Guisan a été élu au Conseil de H+, et plus tard appelé à sa vice-présidence, la présidence étant occupée à l’époque par la Conseillère nationale Trix Heberlein. Il s’est engagé depuis lors avec conviction pour que l’hôpital puisse poursuivre sa mission, bien qu’elle fût sans cesse remise en question par la nouvelle LAMal et par ses exigences de planifications sanitaires, dans un contexte d’instabilité sociale et économique.

Pourtant le Dr Yves Guisan s’est souvent trouvé dans une situation pour le moins inconfortable.

En matière de Tarmed, H+ n’a cessé de revendiquer une méthodologie fondamentalement différente de celle du cabinet médical, alors que l’un et l’autre fournissent des soins ambulatoires et des soins d’urgence. De plus, H+ s’est avérée incapable tant de mettre en œuvre le nouveau tarif dans les délais prévus, que de respecter les exigences contractuelles en matière de neutralité des coûts. La situation n’a pas été meilleure à propos de la suppression de l’obligation de contracter. Il en a été de même enfin en ce qui concerne le financement hospitalier, mis en question par l’actuelle révision de la LAMal et les décisions du Tribunal fédéral des assurances.

La position d’H+ est toujours apparue pour le moins ambiguë, avec le développement de divergences profondes entre cliniques privées et hôpitaux publics. Dans ces circonstances, une synergie avec la FMH face aux organismes payeurs eut été manifestement profitable aux deux partenaires.

C’est dans ces conditions difficiles que le Dr Yves Guisan a présidé d’abord la Commission de recherche d’un nouveau président, puis l’élection de ce dernier, mettant au prise un candidat de la Fédération hospitalière vaudoise avec pour finir un ultime concurrent alémanique, lors de l’Assemblée générale du 18 novembre passé. Les Romands revendiquaient ce poste, à juste titre : ils ont été renvoyés à leurs études sur les bords du Léman par une alliance des cliniques privées, promptes à saisir l’occasion de se profiler, et d’établissements alémaniques ignorant tout du candidat présenté ; et l’ancien président est simplement resté en poste pour le moment. Mécontent, on a alors dans les mêmes milieux revendiqué encore la vice-présidence, invoquant qu’elle devrait revenir de droit à un directeur d’hôpital – la vieille rengaine de la bataille de pouvoir entre administrateurs et médecins-chefs n’est semble-t-il pas prête de s’éteindre, aussi dépassée et ridicule soit-elle.

Comment imaginer dans ces conditions qu’H+ puisse avoir l’ambition d’être l’association faîtière de tous les hôpitaux, avec un rôle de partenaire de premier plan dans la politique nationale de la santé ?

Limogé, le Dr Yves Guisan a donc préféré quitter purement et simplement ce qui devient un vrai panier de crabes, plutôt que d’en rester l’otage comme simple membre du comité.

H+ a découvert très vite qu’elle s’est privée d’un relais d’importance avec le Conseil national et la FMH. Mais il était déjà trop tard ! Cela en vaut-il d’ailleurs encore la peine ? H+ n’est-elle pas devenue essentiellement une association d’administrateurs à la recherche de leur identité – elle vient d’adhérer à l’Union patronale suisse ! – plutôt qu’une association d’hôpitaux soucieux de leur mission ?

Jacques de Haller, Président de la FMH