22.09.08 Crise financière : excès sans doute, mais surtout absence de toute morale !

22.09.08 Crise financière : excès sans doute, mais surtout absence de toute morale !



La crise financière gravissime au point de menacer la stabilité économique internationale de manière quasiment existentielle a trouvé sa solution technique. L’intervention de l’Etat américain et de la Fed auront permis de dégager des liquidités suffisantes pour boucher les trous des institutions bancaires et des assurances au bord de la faillite devant la masse des crédits douteux. La faillite pure et simple avec un effet domino aura ainsi été remplacée par un transfert des charges sur les contribuables sous forme d’une nouvelle dette à long terme avec l’espoir que les milieux économiques responsables l’assument également en partie. Mais pour le moment on ne sait pas très bien comment. Cela ouvre la porte à de nombreuses questions. Etait-il licite tout d’abord de remplacer une relation contractuelle entre une banque et une personne ou une entreprise par un titre de crédit commercialisé ? Il en va de même de l’assurance garante des pertes obligataires. En transformant le crédit et la dette en un produit financier abstrait, complètement déconnecté de ses modalités primaires, le risque a peu être été réparti à un autre niveau, mais il en est surtout résulté une disparition complète de la responsabilité de quiconque. On peut donc à juste titre parler de perte totale de toute morale financière, d’encouragement à vivre en dessus de ses moyens, et surtout de stimuler l’appât du gain par des spéculations futuristes sur le développement du crédit en se basant sur de savants calculs de probabilité computérisés. Il en va de même des ventes massives sans couverture, déclenchées elles aussi par des programmes informatiques. Il a fallu les interdire en dernière minute, sous peine de mettre en danger l’économie générale, alors qu’elle est certes actuellement en baisse, mais repose toujours sur une base solide. Ces stratégies abusives et immorales nous entrainent ainsi bien au-delà des cycles économiques habituels pour devenir totalement incontrôlables.

L’intervention obligatoire massive de l’Etat et des banques centrales montre aussi les limites du libéralisme. Certes les banques américaines sont confrontées à des exigences légales extrêmement sévères. Mais de toute évidence ces dernières ne font pas preuve d’une souplesse et d’une dynamique suffisante pour endiguer les excès créatifs et sophistiqués du profit à tout crin, en particulier des produits dérivés virtuels.

A ce titre il est temps de réfléchir à nouveau sur l’indispensable rôle régulateur de l’Etat. Il s’agit surtout de lui donner les moyens d’intervenir en souplesse lorsque l’orage menace. La Suisse à cet égard, avec sa Commission fédérale des banques, s’est dotée d’un instrument remarquable. Elle a permis d’éviter déjà de nombreuses catastrophes, même si les épargnants ont souvent dû subir ses décisions dans la douleur. On pensera en particulier à la reprise de la Banque vaudoise de crédit par la Banque cantonale vaudoise et aux difficultés qui ont suivis. Mais malheureusement la CFB ne peut intervenir dans la règle que lorsque les effets négatifs de pratiques inadéquates ou abusives se font déjà sentir. Or il s’agit de recentrer l’activité financière et bancaire sur sa vocation première de service à l’économie, aux assurances sociales (AVS et caisses de pensions !), et à la clientèle, c'est-à-dire tout un chacun. La notion de risque doit sortir des spéculations abstraites aux conséquences potentiellement catastrophiques, pour en revenir à une perception concrète, évaluée, aux limites contrôlées, et pouvant être assumée entièrement par les acteurs concernés. C’est une question de morale financière, politique, et à la fin de société.>br>