Libre circulation des personnes – Méfiance et croyance ne créent pas d’emplois !

13.09.2005
De nombreuses lettres de lecteurs ont fait part ces derniers temps de leur inquiétude quant aux perspectives d’emploi en raison de la libre circulation des personnes. Le renforcement des commissions tripartites pour lutter contre la sous-enchère salariale laisse sceptique. Pour beaucoup la libre circulation ne profite qu’à la « finance » au détriment de l’emploi de Mme et Mr Tout le Monde. Cela témoigne d’un raccourci pour le moins sommaire, même si ce sentiment est légitimement alimenté des dérapages dans l’un ou l’autre sens, salaires de misère pour les uns, faramineux et sans vergogne pour quelques PDG notoires de grandes multinationales.

Pourtant une évidence fait l’unanimité : l’emploi et les perspectives de nouveaux postes dépendent de l’activité des entreprises. Mais cela ne suffit pas tout à fait. Le maintien des parts de marché exige une amélioration permanente du produit et de sa distribution à un prix concurrentiel. Une croissance régulière est donc indispensable, à défaut de quoi l’entreprise régresse, ce qui conduit à des licenciements.

La Suisse se trouve dans une situation extrêmement fragile. Le non à l’EEE lui a coûté plus cher que l’officialité et certains chantres nationalistes veulent bien l’admettre. Ainsi elle a eu beaucoup de peine à faire face aux coups de boutoirs des années 90 liées à la globalisation. Son taux de croissance cumulé de 1991 à 2001 mesuré en Francs constants de 1995 se monte à 10.9 % (Allemagne 16.1%, Autriche 23.4%, Danemark 26.3%, Grande Bretagne 31.2%), soit plus faible que tous les membres de l’UE des Quinze. De même on observe une érosion douce du pouvoir d’achat qui nous fait passer insidieusement de la 3e place à la 6e derrière le Danemark et l’Autriche. Nous souffrons toujours et encore d’une économie trop cartellisée, ce qui nous vaut d’être un îlot de cherté pour le seul profit de ceux qui protègent leur marché contre la concurrence. Les bilatérales I devraient donner une première et modeste impulsion de réforme.

L’Etat joue un rôle économique de première importance dans l’offre d’emplois, que ce soit sous forme de subventions, de projets à développer, ou de dispositions cadres concernant l’économie. Il est bien évident que les réductions budgétaires systématiques mises en place pour résorber le déficit fédéral ou cantonal se soldent aussi par des licenciements. Les diminutions de financement ne contribuent pas davantage à la relance de la croissance.
Enfin les investisseurs ont horreur des incertitudes et des remises en question, a fortiori par des votations populaires. Depuis le non à l’EEE de 1992, les investissements étrangers en Suisse ont dramatiquement chuté. Parallèlement les capitaux suisses sont surtout exportés. Le oui aux bilatérales en 1999 a amené une petite embellie. La seule perspective d’un nouveau verdict inquiète. Cela n’est guère favorable à la création ou au développement des entreprises, et par conséquent à l’offre de nouveaux emplois.

Les accords bilatéraux avec la libre circulation des personnes donnent de nouvelles perspectives d’expansion aux entreprises suisses et donc de croissance, alors que le marché intérieur saturé n’en offre strictement aucune. Le monde qui nous entoure, en particulier l’Europe et les pays industrialisés, changent rapidement. La Suisse ne peut imaginer conserver la prospérité dont elle a bénéficié jusqu’à présent en se repliant sur elle-même. Ni l’image mythique d’autres temps révolus, ni la méfiance, ne fourniront jamais aucun travail, ni même ne garantiront aucun emploi. Par contre les délocalisations vers des cieux meilleurs et les fusions d’entreprises en difficulté suivies de licenciements sont quasiment certaines.