12.12.07 Eviction de Chr. Blocher du Conseil fédéral

12.12.07 Eviction de Chr. Blocher du Conseil fédéral


La réussite de cette opération ouvertement préparée, mais au succès manifestement aléatoire, est un soulagement. Le personnage a de toute évidence empoisonné la vie politique suisse par ses positions outrancières et ses provocations. Son conservatisme construit sur les réminiscences d’une Suisse mythique qui n’a de fait jamais existé et sa politique vis-à-vis des étrangers et de l’Europe ont entretenu l’illusion d’une minorité de citoyennes/citoyens qui n’a cessé de grandir, que notre pays disposait de ressources internes à ce point phénoménales qu’il pouvait aisément ne compter que sur lui-même. Pourtant une claire majorité du peuple et même un certain nombre de personnalités de ses propres rangs ont convenu que les accords bilatéraux nous sauvaient la mise, malgré les nombreuses hypothèques que cette approche fait planer à moyen/long terme. Sa mise en question des institutions et en particulier ses positions en matière de racisme ont froissé plus d’un. Cette arrogance mettant en péril la stabilité aussi bien politique que celle de la société n’était pas conforme aux traditions helvétiques. Cela nous a valu un indéniable isolement qui n’est pas tenable ni économiquement, ni politiquement à l’avenir. On ne peut entretenir des relations cordiales avec l’UE, mais dans un contexte conflictuel permanent à un titre ou à un autre, maintenant dans le domaine fiscal. Certes jusqu’à maintenant, tout va bien, ce qui peut rassurer dans l’immédiat et conforter dans un mesure quant à la pertinence de ces options, mais l’interdépendance mutuelle et la globalité se hâteront de nous rappeler aux réalités. Dans l’intervalle l’image de la Suisse en aura pris un sérieux coup. Beaucoup l’assimile aux gnomes de Zurich sans plus…

Quoiqu’on dise, en abattant le chef charismatique, un coup cinglant a été porté à cette mouvance. Son retour en politique active est des plus aléatoires. Il est douteux qu’à quelques 70 ans il se présente à nouveau sur les listes du Conseil national en 2011. Et s’il le faisait, il serait certainement élu, mais ne jouirait en aucun cas de la même force de frappe et de déstabilisation qu’auparavant. Quant au passage de son parti « dans l’opposition », cela semble tenir surtout bien davantage de la rhétorique et de la gesticulation que d’une nouvelle stratégie vouée au succès.

Les radicaux dans cette affaire, parti historique de la Suisse moderne, il a sans doute largement raté le coche. Divisé entre une aile à prédominance romande, qui a salué en toute discrétion le succès de l’opération, et une aile alémanique dure manifestement déçue, les propos en demi teinte de son président n’ont pas permis de dégager la ligne institutionnelle forte qui aurait être dû la sienne. Et évidemment cette approche est indissociable d’une attitude d’ouverture que l’on perçoit en matière de formation et de recherche, mais qui s’étiole rapidement lorsqu’il s’agit de politique étrangère, économique et fiscale. Il fallait saisir la chance de prendre ses distances, avoir le courage d’aller jusqu’au bout dans ces visions d’avenir, plutôt que d’entretenir l’incertitude, les spéculations et le non-dit avec d’un côté les défenseurs d’Economiesuisse plutôt proches de Christophe Blocher et de l’autre des Romands plus nuancés, sans doute nostalgiques de Jean-Pascal Delamuraz, mais que l’on a pour finir bien de la peine à situer.

Dommage. Le grand gagnant est incontestablement le PDC qui a su récupérer à son propre compte ces valeurs. Dans ces conditions le parti radical ne peut rester que sur la pente descendante. Cela ne permet pas de dégager non plus un regain de dynamisme pour la législature qui commence. Les majorités potentielles sont trop étroites, trop aléatoires, pour qu’un vent de changement véritable puisse se manifester.