04.06.08 Saga de Mme la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf

04.06.08 Saga de Mme la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf


Madame la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a été élue comme représentante de l’UDC au Conseil fédéral et elle reste considérée comme telle par la majorité du Parlement. Cela va sans doute persister pendant toute la législature. Les difficultés qu’elle ne manquera pas de rencontrer avec son « parti » lors de chacun des objets et des débats qui relèveront de son département seront considérées par les autres comme une affaire interne de l’UDC qui ne les concerne pas.

En voulant l’exclure du parti et en s’empêtrant dans les dispositions statutaires qui l’obligent à s’en prendre à la section grisonne plutôt qu’à l’intéressée, l’UDC est manifestement allée trop loin. L’opération ne va sans doute pas conduire au dépérissement de l’UDC grisonne pour la remplacer par une équipe de durs et purs au service de la direction du parti suisse. Comment imaginer se défaire de manière aussi désinvolte d’une section du parti chargée d’histoire et de personnalités dont Eveline Widmer-Schlumpf, Brigitte Gadient et Hansjörg Hasler sont les héritiers ? Cet autoritarisme excessif, peu respectueux des institutions, des diversités suisses et en l’occurrence des traditions, conduit de la sorte inévitablement à des fractures très difficiles à combler. Loin d’être une démonstration de force, la démarche vient compliquer considérablement la politique d’opposition dont l’UDC se réclame.

Les dissidents bernois, glaronnais, et grisons sont en train de réfléchir à la création d’un nouveau parti, à tout le moins d’un nouveau groupe parlementaire, à défaut d’un rapprochement des radicaux-libéraux. La marge de manœuvre reste faible. Mais même si l’espérance de vie de cette nouvelle formation ou groupement reste limitée, elle ou il est susceptible d’avoir une influence absolument considérable sur le positionnement de l’UDC. Une fois la période de crispation passée, sa direction va être à la recherche de solutions. Cela l’obligera à des concessions.

Dans toute cette affaire la position des conseillers fédéraux va jouer un rôle de première importance. Samuel Schmid a déjà fait part de manière très hésitante de son intention de rallier ce nouveau groupe dissident. Il tiendra sans doute un discours plus clair une fois que la confusion actuelle se sera dissipée. Tout laisse penser que Mme Widmer-Schlumpf va surtout rester fidèle à son parti grison sans autre compromission. Ce dernier va sans doute prendre des dispositions permettant de réintégrer le parti suisse une fois le culte de la personnalité désamorcé, les bons sentiments et la sérénité enfin revenue. Les premières cartouches ont déjà été tirées dans ce sens et certains parlementaires UDC insinuent clairement que le rôle de Christoph Blocher devient trop exclusif. Il serait opportun qu’il s’efface quelque peu et que l’on réfléchisse tranquillement à son remplacement.

Les spéculations sont donc nombreuses, mais une chose est certaine. L’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral a déclenché un tournant dans les équilibres politiques suisses. Il y aura encore passablement de remue-ménage dont les médias ne manqueront pas de faire écho. Mais son attitude très ferme et sa loyauté aux institutions va certainement jouer un rôle clé dans le retour à la concordance. Mais quelle concordance ? Le processus sera sans doute constellé de nombreux atermoiements…