FMH, coup de gueule du président et du vice-président de la FMH

Foin du passéisme!

03.11.2005 no 44 Deutsch
La santé est à la mode: les deux grands partis du centre-droit de notre éventail politique national ont chacun tenu, il y a dix jours, une Assemblée des délégués lors de laquelle une grande part de l’ordre du jour a été consacrée au système de santé.

On y a entendu beaucoup de discours polémiques mais rien qui puisse, hélas, tirer enfin notre système de santé vers des rivages synonymes de solutions; il fut impressionnant une fois de plus de voir à quel point des idées caduques, connues pour être dépassées et inefficaces, servent de fonds de commerce à certaines personnalités – on aurait envie de leur proposer d’oser une fois toucher à leur «powerpoint» …

Dommage, en tout cas, d’en rester à de vieilles lunes alors que le corps médical, par la voix de la FMH en particulier, s’attache à proposer des solutions novatrices et constructives sur quantité de questions. Quelques exemples?

– Le corps médical a fait des efforts remarquables pendant toute la période de neutralité des coûts, à la suite de l’introduction du Tarmed; ces efforts, illustrant la capacité des médecins à obtenir les résultats attendus même dans une situation difficile, sont de très bon augure pour la suite: les Contrats Prestations et Coûts qui sont en cours de négociation dans les cantons pour «succéder» à la neutralité des coûts partent sur de bonnes bases.

Est-ce parce que cela démontre le sens civique et la bonne volonté des médecins, et parce que cela dément la rengaine des médecins irresponsables, que le Chef du Département de l’Intérieur n’a pu s’empêcher, l’autre samedi, de persifler les solutions partenariales?

– La FMH a fait tout une série de propositions pour répondre aux soucis du monde politique quant à la qualité des prestations médicales ou à l’économicité des prises en charge: nous avons dit il y a déjà un an que pour nous médecins, si le droit à un contrat doit rester automatique, cet automatisme peut être soumis à des conditions qui tant vis-à-vis du monde politique que de l’administration que du public, assurent que les insuffisances et les abus seront efficacement bannis, et les coûts maîtrisés.
Ces propositions, partenariales de nouveau et qui sont de vraies réponses à des soucis réels, permettent de dépasser le débat stérile sur l’abolition du libre choix du médecin, qui aboutirait immanquablement à un référendum.

La Commission de la santé et de la sécurité sociale du Conseil des Etats a bien compris, enfin, qu’il y avait là une occasion à saisir (communiqué du 30 août 2005 sur le financement des hôpitaux): le projet de la Commission «maintient l’obligation faite aux assureurs de contracter avec tous les fournisseurs de soins».
Est-ce donc trop demander aux appareils des partis dits «bourgeois» de faire eux aussi confiance à notre engagement et de passer à des projets d’avenir, plutôt que d’en rester à des pseudo-solutions … du siècle dernier?!

– Enfin, dans un autre registre, un thème de plus en plus utilisé pour faire miroiter une diminution des coûts est celui de la «responsabilité individuelle»: si vous fumez, que vous buvez, que vous shootez, et que vous en attrapez hépatite, cancer, cirrhose ou sida, vous devrez en assumer les conséquences, vous l’avez bien voulu et ça n’est pas à la collectivité de payer pour vous.

On entre là dans une logique, économique, qui a tous les aspects du bon-sens, mais qui ne peut pas être la logique de celles et ceux qui, comme nous, sont en contact avec la réalité concrète: d’abord, derrière des comportements à risque évidents, comme les toxicomanies, ou même avant ces comportements à risque, il y a très souvent des problèmes médicaux qui échappent à toute morale. Franchement, choisit-on de tomber malade? Mais surtout, au nom d’hypothétiques économies et en rendant patients et médecins coupables de coûter – c’est pratique, les boucs émissaires! –, on entre dans un système de «patate chaude» où les coûts ne sont que transférés et qui va rendre les soins et la relation thérapeutique impossibles: le refus de financement des besoins vitaux pour les requérants d’asile montre déjà combien ce genre de «solutions» est pervers et illusoire.

Bref, tout cela montre une fois de plus qu’il y a plusieurs logiques face aux problèmes du système de soin, plusieurs «bons-sens» face à des problèmes difficiles – et qu’ainsi, dans tout ce qui concerne la santé, nous médecins devons absolument faire respecter notre vision médicale et éthique, «hippocratique»: la médecine est décidemment trop importante pour être laissée aux seuls politiciens.

Autrement dit, il faut le partenariat des médecins pour réformer le système, chacun le sait. C’est de l’arrogance, ou un conservatisme obtus, que d’imaginer le contraire – et il ne suffira pas aux partis et à leurs magistrats de s’abriter derrière deux ou trois «confrères-alibis», fussent-ils des habitués des médias, pour pouvoir imposer des réformes qui font fi de nos principes et de nos exigences légitimes.

Le corps médical a maintenant largement prouvé son ouverture et son sérieux dans son approche des problèmes du système de santé; à nos partenaires aussi, enfin, de s’ouvrir au partenariat!

Jacques de Haller, président de la FMH
Yves Guisan, Conseiller national,
vice-président de la FMH