Irak – un peu de courage, mais pas trop ?

23.02.2003
Saddam Hussein est un effroyable dictateur et la situation dramatique du peuple irakien lui est directement imputable. Mais George Bush et ses amis sont des fauteurs de guerre tout aussi inexcusables. A noter que le Premier ministre britannique Tony Blair a adopté une position de repli manifeste au vu de l’évolution du dossier. Ce n’est pas le cas de son homologue espagnol José Maria Aznar.

Il existe dans le monde de multiples situations analogues à commencer par la Corée du Nord, de multiples autres dictateurs tout aussi insupportables avec des situations de guerre civile (Zimbawe, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Tchétchénie, etc…) sans parler du conflit israelo-palestinien où une force d’interposition s’impose. Et pourtant aucune action d’une ampleur pareille à celle de la mobilisation militaire contre l’Irak n’est entreprise. L’analyse géo-politique américaine permettant d’imposer une pax americana acceptée par tous les autres pays du Moyen-Orient de plus ou moins bonne grâce est pour le moins simpliste. Si la guerre est effectivement déclenchée, nous sommes partis pour un conflit prolongé avec le monde arabe et un certain nombre de pays du tiers-monde, islamiques ou pas, avec des imbrications multiples. Les risques d’actions terroristes seront renforcés et pour longtemps.

Dans toutes ces situations il y a lieu de tout entreprendre pour éviter la guerre qui en fin de compte touche essentiellement des populations civiles déjà misérables. Et une bonne partie de ces conflits seraient probablement limités si elles avaient à manger et du travail.

En outre, il faut se méfier de tous ceux qui emboîtent le pas à l’administration Bush qui fait des comparaisons avec les concessions accordées à Hitler, notamment par la France et la Grande-Bretagne, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Certes elles n’ont pas empêché son déclenchement, pas plus, semble-t’il, que celles que Saddam Hussein serait disposé à concéder. Mais l'attitude des deux puissances citées était la conséquence du désarmement entrepris par pratiquement tous les autres pays d'Europe y compris la Suisse pendant les années trente dans un élan de pacifisme coupable, tout en laissant le dictateur allemand s'armer jusqu'aux dents. En 1939 et 1940 cela a permis aux divisons blindées d'Hitler d'écraser la moitié de l'Europe au moyen de campagnes militaires de quelques jours. La situation géopolitique actuelle n'est pas comparable avec celle de 1938. Saddam Hussein n'a pas les moyens véritables d'attaquer ses voisins et si ce devait néanmoins être le cas, les Etats-Unis et ses alliés européens de l'OTAN auraient les moyens de réagir dans les heures qui suivent par une action légitime. Or nous sommes confrontés à une stratégie allant bien au-delà de ce cas de figure puisqu’il s’agit d’une guerre préventive. L’enthousiasme pour ce genre de proposition à laquelle seuls quelques rambos peuvent succomber risque de diminuer singulièrement avec les premières victimes anglo-américaines. Evitons de comparer ce qui n’est pas comparable.

La position du Conseil fédéral - qui ne veut autoriser le survol du territoire suisse que par des avions de reconnaissance et transportant du matériel humanitaire - est certainement pertinente. Mais pourquoi donc faut-il quand même une fois de plus la nuancer en ménageant les uns et les autres, en particulier les Américains, en s’abstenant de toute affirmation tranchée ? Malgré les intérêts en jeu, il n’y a pas de honte à dénoncer ce qui est et à s’engager pour la paix. Sans se désolidariser franchement de Mme Calmy-Rey, il laisse entendre qu’elle est peut-être trop entreprenante.