Guerre en Irak : de l’arrogance à l’imprévoyance scandaleuse

14.03.2003


La dictature de Saddam Hussein était assurément odieuse et il n’est pas question de verser des larmes de crocodile sur sa chute. Par contre les moyens mis en œuvre restent éminemment discutables. Les Etats-Unis avaient déjà fait la preuve de leur capacité d’infiltration et d’intrigues en le soutenant et en l’équipant face aux iraniens. Fallait-il vraiment développer toute la puissance militaire d’une nation de plus de 200 millions d’habitants à la pointe de la technologie mondiale pour renverser le régime de la terreur imposé à un pays de 24 millions d’habitants plongé dans la misère par une petite élite qui s’était appropriée l’entier des richesses pétrolifères sous une étiquette prétendue de républicaine ? Il s’agissait soi-disant d’éliminer la menace d’armes de destruction massive dont l’existence n’a toujours pas pu être mise en évidence et de restaurer la démocratie… De facto cette guerre «préventive» n’a eu pour seul objectif que le contrôle économique d’une région occupant une position géographique centrale dans l’approvisionnement énergétique. Il est pourtant indissociable d’un fonctionnement institutionnel minimal et du maintien de l’ordre public. Un dispositif de remplacement au régime en place devait donc pouvoir être opérationnel au fur et à mesure de la prise de contrôle militaire du terrain. Le manque de prévoyance et la démission des forces armées américaines à cet égard est tout simplement consternante. Le pillage, les règlements de compte de tous ordres, et la désintégration complète de toute structure quelconque sont même de nature à compromettre les objectifs même de cette impressionnante opération de prestige et d’arrogance, tant il est difficile de rétablir l’ordre dans une situation d’anarchie totale, de factions religieuses et de clans divers, identifiables ou non. L’incendie de la Bibliothèque nationale avec la perte irrémédiable de manuscrits du IVe siècle après J.C. et les vols et dégâts de pièces irremplaçables du patrimoine non seulement irakien, mais mondial, montre bien que le niveau de culture de l’administration Bush et de G.W. lui-même ne dépasse pas celui de la force militaire. Cette incurie est tout simplement scandaleuse et il est encore plus scandaleux d’avoir le culot de trouver des excuses pour la justifier. Ce n’est parait-il pas la mission des militaires...

On peut être tout autant surpris que les Américains n’aient été capables d’intercepter qu’un seul des 55 membres dirigeants du régime. Les 54 autres y compris le principal acteur et ses fils sauront sans doute se faire oublier suffisamment longtemps pour alimenter efficacement des actions terroristes diverses ou contribuer à la chute du pouvoir wahhabite en Arabie saoudite. Quel gâchis !

Quant aux britanniques leurs ambitions allaient sans doute moins loin. Bien que lents à la détente ils ont fait preuve de davantage de responsabilité dans le maintien de l’ordre. Il s’agissait essentiellement pour le gouvernement Blair de démontrer que la Grande-Bretagne entendait continuer à jouer un rôle essentiel au niveau des rapports de force internationaux et de la maîtrise des mers dans les secteurs qui intéressent l’Europe.