Politique européenne irresponsable

Le résultat de 10 ans d’isolationnisme représente un déficit de croissance pour le montant faramineux de 53 milliards de Francs et ce pourrait être davantage !

26.08.2003
La presse romande s’est faite très discrète sur un sujet qui a défrayé la chronique en Suisse alémanique à la suite de notre initiative. Or il est d’une importance absolument centrale pour notre prospérité et la sécurité du financement de nos assurances sociales à l’avenir. Les chiffres sont clairement là. La Suisse n’a eu entre 1991 et 2001 une croissance moyenne de 0.9% alors que l’Union européenne a enregistré une moyenne de 2.4%. Il en résulte un déficit potentiel de croissance de près de 53 milliards de Francs. Et encore ces chiffres sont calculés par rapport aux prix de 1995. Calculé au prix courant, cela pourrait donc même être davantage. Ceci ressort clairement des graphiques suivants :



© ECO-SANTÉ OCDE 2003



© ECO-SANTÉ OCDE 2003

Transposé à l’AVS, cela signifie une perte de financement annuelle comprise entre 200 et 300 millions de Francs. Ce montant permettrait de financer 100'000 rentes annuelles complètes. Cela représente le tiers du rendement de l’or de la Banque nationale, ce qui correspond à l’un des projets de répartition en cours de discussion, un tiers aux cantons, un tiers à la Confédération et un tiers à l’AVS plutôt que 2 tiers aux cantons et un tiers à la Confédération comme le prévoit la Constitution. Il serait quand même important avant de prévoir une hausse supplémentaire de la TVA dès 2012-2013 et une augmentation de l’âge de la retraite de prendre en compte cette situation et d’en tirer les conséquences.
Si l’on compare notre sort avec celui de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande qui ont adhéré à l’Union européenne en 1995, les différences sont tout aussi flagrantes :



© ECO-SANTÉ OCDE 2003


Plutôt que de contester ces chiffres confirmés par le SECO (Interview de M. Aymo Brunetti, Blick 07.’08.03), il y a plutôt lieu de se demander comment renverser cette évolution.
Cette situation est la conséquence de nos atermoiements à la suite du refus de l’EEE. Il est encore trop tôt pour juger de l’influence des bilatérales. Pour le moment, elles se heurtent à d’indiscutables difficultés de mise en pratique (ce que personne ne veut entendre). Pour de nombreuses administrations européennes, une seule chose est claire : la Suisse n’est pas membre de l’Union. Il faut alors expliquer, se livrer à des démarches et correspondances entre l’administration locale et le gouvernement central, ce qui aboutit souvent à plusieurs semaines de retard si ce n’est davantage. Cela ne favorise guère la concurrence. Dans le domaine social, si parfois tout va bien, il en résulte aussi les situations les plus invraisemblables et les plus iniques à cause de la complexité des règles et par conséquent des calculs. En dehors de ces problèmes, les bilatérales constituent indiscutablement un progrès. L’UDC n’hésite pourtant pas à prendre le risque de les remettre en question à cause de l’élargissement de l’Union aux pays de l’Est.

Jusqu’à quand faudra-il continuer ces exercices d’équilibristes dont les avantages deviennent de plus en plus aléatoires ?

Les arguments classiquement avancés contre l’adhésion proviennent d’entreprises qui entendent protéger contre la concurrence leur activité sur le marché intérieur suisse tout en maintenant des exportations d’importance moyenne. Ces entreprises n’ont aucune chance de survivre à terme et il est consternant qu’un certain patronat emboîte le pas à ce genre de raisonnement alors que les prévisions et les stratégies à mettre en œuvre font partie du b a ba des dirigeants responsables. Les délocalisations de production n’ont jusqu’à présent pas eu le succès escompté et n’ont pas permis à certains de nos fleurons économiques de résister face à la concurrence (ABB et le génie atomique face à Alstom et Siemens, Swissair qui a essayé de court-circuiter non sans arrogance le système par des acquisitions étrangères aléatoires comme Air Liberté ou Sabena, La Vaudoise Assurances qui a fait des pertes importantes en Italie et en Espagne au point de se retirer de ces marchés, etc.)

Cette attitude de repli sur soi ralentit massivement les adaptations structurelles et innovatives. Au cours de ces 10 dernières années, la Suisse s’est recentrée autour du tertiaire, qui faute de renouvellement suffisant dans l’offre de produit, se voit contrainte malgré tout (certes le climat est morose et la reprise timide) à procéder à des licenciements pour préserver sa rentabilité à défaut d’avoir su augmenter sa productivité. Que vont devenir ces licenciés du secteur des services alors que le marché est saturé en Suisse ? Offrir leurs services à GAN, au Crédit agricole ou à la Deutsche Bank ?

Le chômage n’a plus bon dos. Celui de la Hollande et de l’Autriche n’excède pas celui de la Suisse. Il est probable au cours des prochaînes années que notre pays se trouve lui aussi dans la bonne moyenne européenne sans plus, mais avec par contre un appauvrissement supplémentaire certain.

Le taux d’intérêt si favorable de notre pays n’est pas non plus la panacée. Le prime rate de l’ECB vaut bien celui de la BNS par les temps qui court et non allons gentiment vers l’alignement complet, parité avec l’Euro comprise. Cela fait partie des intérêts centraux de l’industrie d’exportation. Même si un différentiel en notre faveur persiste, se mettre à la même hauteur n’est pas synonyme de catastrophe. Certes il pourrait en coûter un peu plus aux propriétaires et aux locataires. Certes cela pourrait pénaliser l’économie dans une certaine mesure. Pourtant nos concurrents font manifestement mieux avec des taux plus élevés. Où est donc l’erreur ? Mais au taux européen l’épargne serait aussi mieux rémunérée. Nos caisses de pensions aussi. Et enfin cela permettrait de ramener pour s’investir au pays des capitaux considérables qui ont choisi des cieux meilleurs au gré d’un rendement supérieur. Ce que l’on pourrait perdre d’une main, on le gagnerait de l’autre.

Les droits populaires ? Déjà notre législation est adaptée à la conformité des directives bruxelloises pratiquement lors de chaque révision. Les situations de désaccord ou de contradiction flagrante se comptent déjà au compte-gouttes. Où est la liberté et l’indépendance suisse ?

Il est donc grand temps de mettre un terme à la politique de l’autruche et de regarder la situation en face, chiffres à l’appui, d’autant qu’il ne s’agit pas seulement de la situation économique, mais de toute une série d’autres chapitres comme l’immigration et la sécurité. N’est-il pas préférable de bénéficier du droit de codécision et de faire aussi partie du club plutôt que de nous empêtrer dans des débats politico-politiciens stériles et à côté du sujet ?