12 octobre : célébration de la sainte Vierge « del Pilar » en Espagne

12.10.08 Célébration de la sainte Vierge "del Pilar" en Espagne



La sainte Vierge est apparue le 2 janvier de l’an 40 à l’apôtre saint Jacques l’Aîné sur une colonne de marbre alors qu’il se trouvait sur les bords de l’Ebre en Aragon au cours de sa mission évangélique en Espagne. Sur ces lieux fut érigée une chapelle par l’un de ses disciples. Au fil des ans ce lieu de recueillement devint la cathédrale de Saragosse. De multiples miracles ont été attribués à la Vierge « del Pilar ». Le 12 octobre 1492 Christophe Colomb découvrit l’Amérique au moment même où des dévotions lui étaient rendue à dans cette édifice. Le pape Clément XII (1730-1740) consacra définitivement cette célébration par un office commun à toute l’Espagne. C’est ainsi que la sainte Vierge « del Pilar » devint la patronne du pays, puis par extension des forces armées ainsi que de l’hispanité, à savoir tous les pays hispanophones de l’Amérique du Sud.

On comprend ainsi facilement que cette journée soit une fête nationale honorée autant sur le plan religieux que militaire. Un grand défilé des forces armées avec plus de 4000 soldats de diverses armes et 800 véhicules a eu lieu comme chaque année à Madrid en présence du roi Juan Carlos et de sa famille ainsi que du gouvernement in extenso. Cette manifestation s’est déroulée avec un grand panache et beaucoup d’émotion. Elle fait partie des traditions nationales et de l’identité du pays que personne ne remet en question. La mission de l’armée, en particulier le maintien de la paix à l’extérieur en Bosnie, au Kosovo ou en Afghanistan n’est pas contestée. C’est pourtant un gouvernement socialiste qui est au pouvoir. Le chef de l’opposition de droite Mariano Rajoy s’était permis un dérapage verbal en qualifiant par inadvertance ce défilé de « connerie » sans réaliser qu’il était devant un micro ouvert. Cette remarque maladroite a bien entendu fait le tour de la presse qui s’en est donné à cœur joie, d’où une contrition réitérée face à l’indignation générale qui en est résulté.

Et la Suisse dans tout cela ? Le contraste est en effet absolument saisissant. D’un côté l’armée est érigée en fer de lance mythique et patriotique par les conservateurs de l’UDC en l’absence de toute analyse géopolitique sérieuse des menaces effectives. De l’autre la gauche reste prisonnière d’une vision idéologique passéiste également qui ne vaut guère mieux. Face à cette alliance des contraires, le centre droit ne fait manifestement pas le poids. C’est ainsi que le Parlement menace de torpiller le programme d’armement qui se situe pourtant dans la droite ligne d’une politique résumée dans le rapport de sécurité 2000 et largement approuvée.

La mission de sécurité intérieure de l’armée est vivement contestée. Pourtant elle avait été la colonne vertébrale des mesures mises en place pour assurer l’ordre pendant le G8 d’Evian en 2002, les polices cantonales n’ayant pas des infrastructures, des équipements, et des procédures unifiées. Elles disposent d’ailleurs d’effectifs insuffisants en sorte qu’il faut recourir à des détachements de police allemands et maintenant français. La même situation s’est reproduite en moins aigu avec l’Eurofoot 2008.Cela n’engendre pourtant aucun sentiment inavoué de honte. La lacune résultant de l’absence d’une police dépendant du Département de la défense comme les carabinieri en Italie, la gendarmerie nationale en France, la garde civile en Espagne, la police nationale britannique, est pourtant flagrante. Une centralisation n’est néanmoins pas inéluctable. Une solution fédéraliste avec une collaboration cantons-Confédération est sans doute possible, mais il faut une solution, une solution suisse !

De même les engagements à l’étranger restent très limités avec des délégations réduites, parfois purement symboliques, tant la méfiance est grande. Il est encore moins question de défilé militaire. L’armée doit quasiment se cacher devant la crainte de manifestations violentes et de dépravations dans nos cités. Au cours du 700e anniversaire de la Confédération en 1991 les manifestations militaires avaient eu lieu quasiment sur des chemins de campagne. Pourtant les meetings aériens militaires comme celui de Payerne en 2005 ou des compétitions internationales de raiders (Bière 2007) ont le plus grand succès populaire.

Les hésitations du Parlement dans un tel contexte sont du plus mauvais effet. Devant l’incapacité de se déterminer sur les objectifs à réaliser, certains partis n’hésitent pas à demander la tête du chef du Département Samuel Schmid dans le cadre de gesticulations politico-politiciennes autour de la maladroite nomination du chef de l’armée et d’ambitions personnelles diverses peu reluisantes. Y en à vraiment point comme nous ?

Plutôt que ces chamailleries et ces déclarations tonitruantes qui ne manquent pas de ridicule, il est grand temps de rechercher des solutions efficaces et effectives. Des restructurations internes sont incontournables. En particulier la structure de milice devient lentement problématique face aux défis actuels. Il faut savoir changer lorsque l’évolution l’exige et ne pas rester prisonnier de principes dogmatiques. La coopération internationale est une condition sine qua non d’efficacité face à la menace actuelle, déstabilisations/mobilisations religioso-ethniques et terroristes en particulier. Elle ne saurait se situer sur un plan limité à l’interopérabilité avec une portée effective réduite. Ces réformes requièrent une amélioration considérable de la communication et une véritable volonté d’engagement. Les militaires l’ont, mais les politiques ?