Union européenne: garant de notre sécurité extérieure

07.05.2004, paru dans

"La Suisse doit saisir ses chances au lieu de trembler devant les risques"

Demain, il y aura cinquante-neuf ans que la Seconde Guerre mondiale prit fin avec la reddition inconditionnelle des armées de l’Allemagne nazie. Cette catastrophe humanitaire sans précédent a coûté la vie à 55 millions d’enfants, de femmes et d’hommes, dont 19 millions de soldats alliés qui l’ont sacrifiée en se battant pour exterminer la peste brune qui cherchait à installer sa dictature barbare dans l’Europe tout entière, y compris en Suisse. Si Hitler avait gagné, il ne nous aurait certainement pas laissé en paix. Au-delà de l’habile politique de neutralité armée de la Suisse, c’est aux armées alliées que nous devons notre salut, surtout le fait d’être sortis indemnes de cette épouvantable tuerie qui laissa derrière elle le continent dévasté. Grâce aux sacrifices des soldats des armées alliées, les nôtres ont pu rentrer sains et saufs dans des foyers intacts.

Cette réflexion-là n’a jamais été faite par le pouvoir politique suisse. Depuis bientôt soixante ans, des générations entières de politiciens préfèrent cultiver des mythes qui ne reposent sur rien du tout au lieu de faire participer notre pays au formidable processus d’intégration européenne qui vaut aux peuples de la partie occidentale du continent l’indépendance et la paix depuis 1945 et qui est le meilleur garant de notre sécurité extérieure. A chaque étape, à commencer par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), en 1951, lors de la création de la Communauté économique européenne (CEE), en 1957, des élargissements de l’Union par l’adhésion de nouveaux pays, du Traité de Maastricht qui est la base de l’actuelle UE jusqu’à la récente introduction de la monnaie unique, de puissants milieux prédisaient, voire espéraient en vain l’échec. La Suisse, miraculeusement sortie indemne de la Seconde Guerre mondiale, voyait d’un mauvais œil émerger une organisation de coopération politique et économique sur notre continent dont l’objectif principal est d’éviter de nouvelles guerres. Pis, en 1957, à un moment où ses profondes plaies étaient loin d’être cicatrisées, le Conseil fédéral ne s’est pas contenté de maintenir le pays en dehors de la CEE, mais il a même cherché à la torpiller. A cet effet, il a envoyé Hans Schaffner, alors directeur de la Division du commerce devenu ensuite conseiller fédéral, à Londres pour chercher l’appui de la Grande-Bretagne dans l’accomplissement de cette triste besogne. Schaffner fut sèchement renvoyé à Berne. Loin de se décourager, le gouvernement a alors ridiculisé notre pays en décrétant un embargo interdisant aux banques de prêter de l’argent aux institutions et entreprises de la CEE. Commentaire de la revue Paix et guerre entre nations: "L’interdiction du marché suisse aux Six a provoqué plus de sourires que d’inquié tudes." Ce comportement était surtout un scandaleux mépris de la mémoire des dizaines de millions de victimes de la Seconde Guerre mondiale et de celle des soldats tombés au front en se battant aussi pour notre salut. Et le résultat économique de ce gâchis au niveau de l’image de notre pays? Une catastrophe! Si la Suisse avait, depuis le refus, en 1992, d’adhérer à l’EEE, réalisé ne serait-ce que la croissance réelle moyenne de l’UE des 15, son PIB serait aujourd’hui d’environ 50 milliards de francs plus élevé. Dans ce cas, les finances publiques se porteraient mieux et l’avenir de l’AVS serait aussi plus serein...

Persuadées que la Suisse doit saisir ses chances au lieu de trembler devant les risques, 73 personnalités de renom ont lancé le "Manifeste pour l’ouverture de négociations d’adhésion à l’Union européenne" qui a été signé par environ 2000 personnes et le Nouveau Mouvement européen suisse, auquel s’associe la Fondation Jean-Monnet pour l’Europe, domiciliée à l’Université de Lausanne, vous invitent à en faire de même.

- Demain samedi 8 mai dès 8h30, des stands seront dressés sur les marchés de la Palud, à Lausanne, et de Vevey. Vous pouvez aussi signer électroniquement sur le site www.europe.ch.

RENÉ JOST, Assistant parlementaire du conseiller national Yves Guisan